Sous Franco (1939–1975)

Eléments établis par Angel Viñas, historien

Au début de la 2è guerre mondiale, bien qu’officiellement neutre, l’Espagne, exsangue, décimée, soutient fermement l’Allemagne et considère la possibilité d'entrer en guerre aux côtés des puissances fascistes au prix de l'invasion du Portugal.
Heureusement pour l´Angleterre, qui a fait tout son possible pour aider Franco à gagner la guerre civile, Hitler n´est pas prêt à payer le prix que Franco lui demande aux dépens de la France.
Emprisonnement d’anciens républicains, exécutions d’opposants… Franco parachève la contre-révolution débutée en 1936. Son gouvernement se livrera pendant tout son régime à une véritable chasse aux sorcières.

Après la guerre, dont elle sort unanimement condamnée comme alliée de l’Axe Rome-Berlin, l’Espagne est isolée. L’autarcie fait des dommages mais peu importe. Les élites franquistes s´enrichissent même si le pays est en plein naufrage économique.
Le rôle de la Phalange dans l’exercice du pouvoir s´amenuise. La scène internationale ne permet plus qu´elle continue à contrôler la vie politique, l’action syndicale, la presse, la radio, la propagande et la vie économique. Le salut romain est aboli. C´est un signe. En 1947, est affirmé le caractère monarchique de l’État espagnol. L’Espagne est un royaume sans roi où Franco décide de tout. Les libertés d’opinion, d’association, de réunion sont fictives.
La guérilla antifranquiste continue pourtant à être active.

Les années 50
Dans la guerre froide, l’Espagne se range aux côtés des USA. L´ancien allié d´Hitler et Mussolini devient la sentinelle de l´Occident, le pourfendeur sans tache du communisme. En 1955 elle entre dans l’ONU. Petit à petit, l’économie se remet en marche.

L’idéologie fascisante faiblit définitivement dans les années 1960 pour une conception plus libérale de la politique et de l’économie, mais pas au niveau des mœurs et de l’imprégnation du catholicisme. Après 20 ans de désastre économique, les années 60 seront celles de l’essor. Incitation au tourisme de masse. Franco continue de rassembler tous les pouvoirs.

Les années 70

L’embellie ne durera pas longtemps. A partir de 1967, l’opposition à Franco devient de plus en plus forte : grèves, manifestations d’étudiants, attentats d’autonomistes basques. L’Église catholique cesse d’être un appui pour le régime et se range dans l’opposition. Des groupes catholiques prennent ouvertement parti pour les travailleurs dans leur lutte contre le gouvernement franquiste lors des grèves des mineurs de charbon des Asturies dès 1962 déjà. Le pouvoir du dictateur s'affaiblit progressivement vers la crise. Vieillissant, Franco cède brièvement en 1974 les rênes du pays à Juan Carlos, les reprend un peu plus tard, et meurt en novembre 1975.

La fin du régime franquiste sera la fin des valeurs qui lui étaient associées.

Dans les années qui suivirent, les gouvernements espagnols supprimeront les structures et législations archaïques de l'époque franquiste. L'Espagne adhère à l'OTAN, au Conseil de l´Europe et à la Communauté européenne. Peu a peu, elle devient une démocratie comme les autres. C´est l´échec historique du franquisme et ses valeurs.